Interview de Mickael, créateur du podcast

Interview de Mickael, créateur du podcast "Les maux bleus"

Les Maux Bleus est un podcast sur la santé mentale produit par Mickael Ehrminger. La musique, les illustrations, la communication sur les réseaux sociaux, les textes : absolument rien n'est laissé au hasard. Nous sommes allés à la rencontre du podcasteur pour en savoir plus sur ce beau projet.

Pour commencer, pourriez-vous nous dire quelques mots sur vous et votre parcours ? 

Après des études en neuropsychologie et sciences cognitives à l’Université Paris V et à l’Ecole normale supérieure, je me suis orienté vers un doctorat en santé publique et recherche clinique à l’Université Paris Saclay. Dans la continuité de mon parcours, mon sujet de thèse consistait à modéliser le devenir d’individus souffrant de troubles bipolaires ou de troubles schizophréniques : déterminants de la qualité de vie, lien entre conscience du trouble et risque suicidaire, et relations entre performances cognitives et fonctionnement psychosocial.


Pourquoi avoir choisi de créer un podcast dédié à la santé mentale ?

J’ai soutenu ma thèse en décembre 2020 avec l’envie d’aller plus loin dans cette voie, car une grande partie de la qualité de vie et de l’insertion psychosociale des personnes souffrant de troubles mentaux chroniques est déterminée par la vision qu’a la société de ces troubles. Le moins que l’on puisse dire est que cette vision est largement fausse, biaisée par des préjugés fondés sur pas grand-chose si ce n’est des extraits de films à sensations ou de reportages caricaturaux qui ne cherchent qu’à faire de l’audience sur le dos de personnes en souffrance. Souffrant moi-même de troubles des conduites alimentaires et d’une maladie neurologique, j’ai depuis l’enfance subi ces clichés sur la santé mentale qui nous poussent finalement à nous auto-stigmatiser, d’autant plus qu’il est très difficile de trouver de l’information accessible et sérieuse sur une pathologie, même fréquente.

Il m’a paru évident qu’il y avait un besoin dans ce domaine, et grâce à mon parcours, j’ai eu cette facilité à mettre les mains dans le cambouis pour monter ce projet afin de faire entendre la voix de celles et ceux qui souffrent, la manière dont elles et ils vivent leurs troubles, et leurs conseils pour garder la tête hors de l’eau.

Au-delà de ces témoignages personnels qui peuvent changer le regard de personnes qui ne sont pas directement concernées par la pathologie mentale, nous recevons aussi des professionnel-le-s qui viennent nous éclairer sur leur spécialité, car là aussi il y a un grand flou : quelle est la différence entre un psychiatre et un psychologue ? vers qui me tourner si je ressens un mal-être profond ? à quelle structure ai-je accès ? Les questions sont nombreuses et les réponses précises rares. Or, lorsque l’on souffre d’un trouble mental, on est souvent dans une situation qui ne facilite pas l’accès aux soins, notamment dans un contexte où celui-ci nécessite des démarches longues et fastidieuses.

Comment sont perçues les maladies mentales en France selon vous ? 

Les troubles mentaux sont perçus de manière relativement négative en France, mais dans beaucoup d’autres pays également. Avec l’année que nous venons de passer, dans ce contexte sanitaire incertain, avec des perspectives qui demeurent encore aujourd’hui floue, beaucoup se sont rendu compte que la santé mentale est un bien précieux et que tout un chacun peut connaitre des épisodes dépressifs ou des troubles anxieux.

Je me plais à penser que cela a contribué à changer la vision de beaucoup de personnes sur la santé mentale de manière générale, mais cela n’a pas brisé les clichés et tabous qui persistent sur de nombreux troubles méconnus, comme les troubles bipolaires, les troubles schizophréniques, les troubles obsessionnels et compulsifs, etc.

Disons que la société est de plus en plus sensible à la thématique de la santé mentale, mais encore peu informée, et de ce fait a une perception faussée et a priori souvent négatifs, de ce que sont les troubles psychiques à proprement parler.


Qu'avez-vous appris depuis le lancement de votre podcast ?

En lançant ce podcast avec Alex Rocher et Manon Combe, nous avions envie de susciter l’intérêt d’un public pas forcément concerné par la santé mentale, notamment à l’aide d’une présentation soignée (Manon Combe réalise une illustration pour chaque épisode, et Alex Rocher compose un habillage sonore personnalisé pour chaque intervenant).

Cette volonté de rendre la forme attrayante pour rendre le fond plus accessible semble porter ses fruits. Ce à quoi je ne m’attendais pas, en revanche, c’est à recevoir autant de mails et messages de personnes en souffrance, et surtout en errance diagnostique et thérapeutique.

Donc, si je devais choisir un enseignement tiré jusqu’ici de cette expérience, ce serait vraiment cela : beaucoup de personnes souffrent, mais ne savent pas de quoi, elles sont en recherche active d’une voie pour s’extirper de leur condition, mais ne savent pas par où commencer, ne savent pas à qui s’adresser, n’arrivent pas à mettre des mots sur ce qu’elles ressentent, et les témoignages que nous proposons semblent les aider à faire le point sur leur situation et à entamer une prise en charge.

Je ne pensais pas que nous aurions un tel impact positif ; cela dit, c’est surtout le pendant d’un manque de lisibilité et de disponibilité de l’offre de prise en charge en France…


Pourquoi le podcast se prête bien au sujet des maladies mentales ? 

Le format podcast se prête bien aux troubles psychiques pour plusieurs raisons.

La première est que, comme dit précédemment, la santé mentale souffre d’une image encore péjorative ; il est ainsi plus aisé pour les personnes de témoigner sans dévoiler leur visage, car cela pourrait malheureusement encore aujourd’hui leur porter préjudice, par exemple sur le marché de l’emploi. La deuxième raison est que le podcast permet de créer un lien particulier avec les auditeurs, qui souvent écoutent ces émissions un casque sur les oreilles, lorsqu’ils souhaitent se détendre ; en fermant les yeux, ils se retrouvent presque en face-à-face avec l’intervenant-e et peuvent se créer leur propre représentation mentale du vécu que la personne relate.

Ce format, qui induit cette proximité, permet aussi d’augmenter les chances d’identification. Le format permet également une large diffusion sur les réseaux et de ce fait une accessibilité et une portabilité accrues.


On est conscients que c'est difficile, mais auriez-vous un épisode en particulier à recommander aux auditeurs ?
 

C’est effectivement difficile de choisir, car chaque épisode aborde une thématique différente.

Cependant, l’épisode le plus transversal et qui intéressera sans doute beaucoup de personnes, notamment les jeunes, est « Amour, gloire et clichés » dans lequel je m’entretiens avec le psychiatre Jean-Victor Blanc, auteur de Pop & Psy, au sujet des clichés en santé mentale à travers le prisme de la pop culture.

Un puissant vecteur de déstigmatisation, à portée de toutes et tous !

Écoutez le podcast de Mickael ici